
| LES RENCONTRES DES SAGES STIMULENT, PUIS TRACENT LE CHEMIN DE NOTRE VIE. |
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RENCONTRES EXTREME-ORIENT / ASIELes maîtres japonais de l’art martial (dont l’aïkido) furent révélateurs dans ma recherche entre l’action et le calme mental. Dans les Arts Martiaux, on regarde au-delà du regard des adversaires. On ouvre le domaine de la perception qui est au-delà de la sensation. Dans le domaine physique, la perception se trouve au niveau de la respiration. Si votre adversaire a expiré (par exemple), il devient fragile. S’il créé une rétention d’air après l’inspiration, on peu s’attendre à ce qu’il attaque. Que les profanes en arts martiaux me pardonnent. Il faut seulement comprendre qu’il n’y a pas de possibilités d’être pleinement actifs, si nous ne savons pas être passifs. Mais, cette passivité est une autre forme de l’activité. L’action naît du silence, d’une écoute profonde… comme le son, comme les mots. Les Samouraïs n’auraient pas survécu sans une réelle pratique de la méditation. Le monde du silence n’est pas la propriété d’une culture lointaine et inaccessible. Mais, en Occident, et pour la majorité, nous n’avons pas hérité du silence des chartreux. Peut-être les chartreux ont-ils été trop silencieux sur les qualités du monde du silence. Les occidentaux, maîtres dans les sciences physiques et matérielles, électrisés par l’énergie de la matière contrôlée ne contrôlent pas leur propre énergie. Ils écoutent rarement les êtres qui les entourent provoquant ainsi beaucoup de tension. Ils n’écoutent pas la terre qui les entoure provoquant ainsi des cataclysmes, des intempéries violentes et meurtrières. Ils n’écoutent pas leurs enfants provoquant ainsi leurs dégoûts, leur ennui, leur isolement et la violence qui en découle (contre eux-mêmes ou contre les autres). Ils n’écoutent pas leurs femmes et leurs maris, ce qui aide à produire un taux de divorce explosif. Les Arts Martiaux m’ont aidé à saisir la force du silence, le sens de l’équilibre, du mouvement. L’harmonie du corps dans l’espace permet d’atteindre la vraie cible : la maîtrise de son propre esprit. Grâce à cette maîtrise, les cibles mineures que sont les réalisations professionnelles, deviennent des jeux agréables. L’efficacité, tant recherchée par les occidentaux, devient profonde et durable et se marie avec l’élégance. L’Aïkido que j’ai rencontré ressemblait à une authentique voie de l’union du corps, du moi et de l’autre, de l’homme et du principe d’un mouvement universel. La technique n’était que la manifestation concrète et corporelle de ce principe. Mais, comme beaucoup d’occidentaux ont la tendance, si la technique devient primordiale, dans l’unique but de devenir plus fort, cette conception ne peut mener inévitablement qu’à la destruction de soi-même. Dans la philosophie du « Budo » le mot ennemi n’a aucune place. La seule règle réside dans l’harmonie car l’harmonie ne lutte pas, l’harmonie ne connaît pas d’ennemis. Les excellents guerriers des arts martiaux étaient des maîtres réels que l’on ne pouvait vaincre car ils avaient acquis la technique et le sens profond de l’harmonie. Si nous comparons avec les maîtres qui règnent sur l’occident, (maîtres étant pris ici, dans le sens uniquement du pouvoir matériel) établissons quelque comparaison. Pour vaincre leurs adversaires les maîtres asiatiques regardaient au-delà de l’adversaire « comme l’on voit une montagne au loin ». L’important était, à la fois de voir et ne pas voir l’adversaire pour pressentir, le coup qui allait jaillir. L’observer non seulement dans les yeux, mais le deviner dans son ensemble. C’est cette vision globale que l’Occidental grossier et égoïste ne possède pas.
LES TIBETAINS
Ils arrivèrent sur un terrain défrichés par les Japonais. Leur culture semble extérieurement plus rude, plus grossière. Mais, lorsqu’on entre dans l’espace subtil de la philosophie himalayenne, sa connaissance de la profondeur de l’être humain et sa relation avec le monde naturel (avec les animaux et toute forme de vie) procurent respect, étonnement et enthousiasme. Combien de leurs connaissances pourraient devenir un puissant antidote aux maux occidentaux, physiques et moraux. Francis Bouygues ne s’y était pas trompé, lui qui invitait des lamas tibétains pour permettre à ses cadres supérieurs de s’enrichir de leur expérience. Le moine chrétien américain, Thomas Merton, rêvait de pratiquer la méditation tibétaine. Sa mort subite fût la seule force qui pu l’en empêcher. Les expériences récentes réalisées par des scientifiques en laboratoires sur des grands méditants (voir le film : moines en laboratoire) démontrent que cette expérience de la méditation n’est pas encore exploitée pour engendrer de nouvelles énergies, de nouveaux comportements. Ces nouvelles capacités permettraient aux hommes de posséder une activité pleine et brillante, équilibrée par une action plus « silencieuse », plus profonde, sans effets secondaires nocifs. Mes nombreux voyages en Inde, où sont réfugiés la plupart des Tibétains en exil, mes rencontres avec les Yogis, l’organisation de conférences de grands lamas en France m’ont permis de découvrir et pratiquer quelques éléments de leur richesse. Je les partage par le biais des formations après les avoir adaptés aux cadres supérieurs et responsables des entreprises françaises. Je suis d’ailleurs très étonné de leur réception et ouverture devant ces philosophies et pratiques à mille lieux de nos pensées et activités quotidiennes. Ces pratiques exercent au calme mental, à la rencontre avec nos énergies ; permettent de concentrer nos pensées sur un point, d’évacuer notre stress par la stabilisation de celles-ci, de canaliser nos émotions en réalisant leur nature intrinsèque. Les résultats se dessinent en fonction des exercices réguliers. Pas de supercheries, ni de miracles, mais une acquisition certaine de la régulation du calme qui ouvre la porte à l’énergie dynamique et fulgurante. Les lamas tibétains, condamnés à l’exil, n’ont pas besoin de nos techniques de négociations pour cultiver l’adhésion de leurs interlocuteurs. Et pourtant, la plupart des lamas que j’ai rencontrés, possèdent autant de billets d’avion dans leurs « serviettes » et organisent autant de réunions et conférences que beaucoup d’hommes d’affaires de « notre » planète. Et, ils ne demandent rien, car ils obtiennent tout. Il y a, déjà, ici un particularisme à méditer. Est-ce la force de leur accomplissement que l’on pourrait définir comme « la force de rien rejeter ». Pour eux le monde visible et le monde invisible cohabitent. Ils connaissent l’un et l’autre et pensent que la cohésion et la parfaite harmonie entre les deux reflètent le résultat correspondant. A la différence, l’homme occidental « moderne » prendra toutes les initiatives pour atteindre ses objectifs en ignorant totalement les conséquences secondaires, voire tertiaires, de ses actes. Nous constatons aujourd’hui, et ce n’est qu’un début, combien la terre en souffre. Le règne du court terme offrira à nos enfants un héritage désolant.
LE MONACHISME CHRETIEN
Mon expérience avec les moines chrétiens achève ou précède mes rencontres avec mes amis tibétains et japonais. Elle conforte mes liens avec eux, et eux-mêmes me renvoient à la pensée chrétienne et son comportement « vivant ». L’Esprit est « Un », la pensée spirituelle est « Une ». Nous pouvons endosser nombre d’habits différents, le but final est toujours d’avoir chaud. Pour escalader une montagne, on peut choisir son côté, mais le but est d’arriver au sommet. Il en est de même pour toutes les traditions spirituelles dignes de ce nom. Le but est d’accompagner l’être humain dans le beau, dans le partage, dans l’essentiel et non l’accessoire, dans le sens profond de notre passage sur cette terre. Toutes ces traditions spirituelles devraient donc se disputer les qualités de tolérance, d’altruisme, de fraternité réelle et de la reconnaissance d’un être profond, quel que soit le nom qu’il lui donne. Le développement égotiste qui se manifeste par une vision exacerbée du « Je » a créé un monde de fonctionnement névrosé des cultures. « Ma » culture n’est pas « sa » culture et inversement. Lorsque deux entités ne se comprennent pas, où deux pays, l’expression habituelle est : « … c’est normal, ils n’ont pas la même culture… c’est culturel ». Alors que si les comportements sont propres à certaines familles par leur contexte géographique, historique, etc. la nature de l’être humain est totalement semblable. Cet être humain, dans son ensemble, recherche le bonheur et veut éviter la souffrance. Voilà un point commun qui les réunit totalement. Les seules réalités qui opposent les gens et les séparent sont les égoïsmes, les jugements, les peurs, les rapports de force. Dernièrement, un cadre important d’entreprise, qui adhère totalement à mon travail, me recommandait de mettre moins de tibétain dans mes discours ou exemples, afin de rajouter une « pincée » de chrétien. Dans cette demande aimable, je ressentais toutes les traditions culturelles qui résonnaient à travers ce conseil. Les vieux schémas sont solides et, à l’heure des montés d’intolérance générale, afin de pouvoir mieux s’identifier (à sa culture) pour répondre à des opportunismes trop connus, les voilà à nouveau qui se manifestent. Notre maître français, le plus « culturel » des français répondait aux attaques de plagiat qu’on lui prêtait par cette sortie : « … je prends mon bien où je le trouve ». Molière que nous vénérons aujourd’hui, fût quand même enterré dans la fosse commune. Il avait eu le mauvais goût d’avoir développé un génie ouvert sur le monde, et non sur une partie de celui-ci. Les prêtres ou moines chrétiens Jules Monchanin, Henri Lesaux, Thomas Merton étaient tous attirés par les pensées indiennes, japonaises ou tibétaines, par les qualités de méditation des yogis, des moines de ces traditions. Ils étaient dans l’esprit de Molière. Ils regardaient uniquement les techniques proposées pour arriver à leur but. Ils n’avaient aucun encombrement culturel, « l’ego culturel », avec une quelconque saisie d’un savoir, qui appartiendrait à une civilisation, ou à une autre. C’était évidemment des êtres matures qui avaient dépassé leur propre « moi existentiel » et ne se préoccupaient que du bonheur des êtres humains, dans leur ensemble. Ils étaient dans l’esprit de la mondialisation, de la mondialisation de l’esprit. Il est étrange et contradictoire de vouloir échanger tous les produits matériels du monde, librement, et de vouloir protéger où ne pas reconnaître les qualités d’esprit, les connaissances supérieures d’autres cultures. Il faut protéger « notre culture » clame-t-on haut et fort. Alors, que si nous évoquons l’esprit, la pensée chrétienne, c’est l’Occident lui-même qui le galvaude, qui le vulgarise et le vide de sa substance sacrée. Ceux qui le protègent sont les mêmes qui reconnaissent les trésors, qui, venant d’autres horizons, éclairent nos propres richesses.
Lorsque j’évoque le silence, le monde du silence aux cadres qui participent à mes séminaires, c’est le silence du monde chrétien qui l’a nourri. Les repas pris en silence avec les moines de Solesmes ont rythmé des moments intenses de ma vie. Les prières, les chants grégoriens, les gestes, étaient tous mesurés, adaptés à l’espace sacré qui les accueillait. Dans cet espace, il ne pouvait en être autrement. Tout devait refléter l’harmonie des sons, des mots, du comportement. L’énergie était vivifiante. Je ressentais chez les moines une puissante énergie qui se nourrissait de ce monde de la mesure. Nous étions loin de ces images d’Epinal, où tout est doux et beau, où le figé des formes et des couleurs donne à l’image de paix un souffle de mort élégant et raffiné. Ici, dans cette enceinte, l’énergie se mariait au silence dans la plus parfaite intensité. Les moines projetaient une force virile et, dans le même temps, une douceur féminine, enfin cette douceur que l’on prête à la féminité. Mais, cette douceur semble naître davantage d’un amour pour son prochain, qu’un amour maternel, somme toute naturel. Je pensais qu’il suffirait, alors, de reproduire ce schéma dans le monde, et nous serions maîtres, nous aussi, de cette force. Je compris assez vite que le monde du travail, le monde des affaires, le monde tout court ne ressemblait pas à l’Abbaye de Solesmes. Que le silence des moines retirés devait s’apprivoiser différemment. Solesmes ne s’exporte pas. Ce constat fût la source de ma recherche des techniques de méditation que les pères du désert avaient également expérimentées. Elles devaient permettre à chacun de réaliser son « Solesmes » intérieur. Le travail proposé par les asiatiques sur les souffles pour équilibrer l’énergie s’avère très utile pour les cadres stressés. C’est une réponse pour le monde moderne qui étouffe littéralement du rythme qu’il s’impose. |